Jeudi 15 septembre 2005
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La scène : tout est là. La danse classique est un art de scène. Est elle vulgaire ? Et bien oui, elle le fut ! Oh, peut être pas de son fait propre, mais du regard que la société d’alors portait sur elle et surtout, sur ses danseuses.
La danse classique plonge ses racines dans la danse de cour ; Louis XIV lui donne ses lettres de noblesse ; Noverre, grand
théoricien, rédige des traités qui codifie cet art : la danse classique est née. Mais déjà, les danseuses n’ont pas vraiment bonne réputation. Ainsi, Marquise, l’actrice pour qui Racine
écrira Andromaque, était fort appréciée comme danseuse et aussi… comme prostituée. Son père la prostituait entre deux représentations. Elle eut toujours l’espoir que le théâtre lui
donnerait une dimension plus noble que la danse, (les acteurs étaient excommuniés et enterrés sans messe, ce n’était pas beaucoup mieux !) mais Marquise mourut jeune, en laissant surtout
d’elle une image de danseuse libertine…
Ce ne fut guère plus réjouissant plus tard… lorsque l’Opéra fut créé, avec ses danseuses et ses petits rats, les habitués de
l’opéra prirent une mauvaise habitude, encouragés par les mères des petits rats : venir choisir leur maîtresse dans le fameux foyer de la danse. Elles avaient quatorze ans à peine. Les mères le
faisaient bien sûr « tacitement » Elles étaient assises, soit disant pour regarder les progrès de leur fille, dans ce fameux foyer où les rats s’entraînaient ; les messieurs en noir
faisaient de même… chacun s’observaient, choisissaient, approuvaient… et les mères récupéraient l’argent de la prostitution de leurs filles. Certaines ont peut être échappé à cela, mais pour
combien d’autres qui connurent cette destinée affreuse… Degas a immortalisé l’une d’elle en une sculpture fameuse : la Petite Danseuse… Cette sculpture fit scandale lorsqu’elle fut
exposée : on lisait, disait les spectateurs, « tout le vice sur le visage de ce petit rat ».
Cette petite danseuse elle aussi prostituée par sa mère, et dont on perd la trace très tôt, mourut probablement jeune à Saint Lazare ou dans
l’un de ses tristes hôpitaux qui recueillaient les femmes syphilitiques ou autres, parfois internées pour « folie » quand elles voulaient simplement vivre libres…
Toujours au siècle dernier, les messieurs de célèbre « jockey club », dans les années 1850 avaient tous une maîtresse
danseuse ; ils ne venaient aux opéras qu’au troisième acte, pour les voir danser ; et se lassaient vite d’elles, dès qu’elles étaient vieillissantes, c'est-à-dire qu’elles n’avaient plus
vingt ans. Si la danse classique a laissé quelques noms célèbres, ( Carlotta Grisi, adoré de T Gautier, où la célèbre Taglioni, Fanny Esler… ) elle ne parle jamais de toutes les autres
sur qui la société de l’époque jetait un regard scandalisé… cela continuera jusqu’au milieu de ce siècle. Quand Ida Rubinstein commandera à Ravel le Boléro et créera une chorégraphie sur
une table, ce sera le scandale absolu : « c’est bien d’une danseuse de se donner ainsi en spectacle ! »disait on, scandalisé, tout en assistant assidûment au spectacle… De même, quand Carpeaux inaugurera son célèbre groupe de danseuses sculptées sur la façade de l’opéra Garnier, on criera encore au scandale…
Et pour la « petite histoire » quand, à l’âge de quatre ans, j’ai demandé à mes parents de me laisser devenir danseuse, mon père a refusé tout
net. Danser, ce n’est pas respectable ! Ce fut non, ce le resta… « Voulais-je, moi aussi disait il plus tard, être entretenue comme toutes ces autres traînées ? »
Les choses ont elle changé aujourd’hui ? Un peu pour la danse classique, parce que notre société, depuis la première guère mondiale, a
laissé de plus en plus de place, de pouvoir aux femmes… mais l’image de la danseuse, même classique, reste ambiguë.
Shana
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